Le PLU2 n'est pas au rendez-vous du défi climatique et de la justice spatiale ...

Publié le 14 Janvier 2019

 

Quartier de l'Epeule - Roubaix 7m2 d'espaces verts par habitant

 

ENQUETE PUBLIQUE DU PLU2 DE LA METROPOLE LILLOISE

Ce projet de PLU est en décalage avec la situation grave liée au dérèglement climatique et aux enjeux environnementaux et sociaux qui en découlent. contribution de Myriam Cau, Urbaniste, 

 

Les alertes du GIEC sont claires et résultent d’un consensus scientifique international validé par les États. Il est regrettable que ce projet reprenne les ressorts d’aménagement et de conceptions qui sont au cœur des choix qui ont conduits à une situation désastreuse actuelle et à venir : 1700 morts prématurées liées à la pollution de l’air sur la Métropole, ce n’est pas une paille .... Or on conserve un tropisme de maintien de la présence automobile comme s’il n’y avait pas des solutions alternatives  à bâtir.

 

Alors que l’eau douce est précieuse, et notre métropole dépendante et vulnérable pour son alimentation en eau potable, on ne prend pas les mesures qui s’imposent pour la protection de la ressource en eau, notamment au niveau des champs captants, en laissant des possibilité de construction.

 

En ce qui concerne la trame verte et bleue de la métropole, à l’aune de la 6ème extinction des espèces, il apparaît que la dimension biodiversité et services écosystémiques rendus par la nature semble avoir été très sous-estimée. Aucun effort notable de restauration et de renforcement n’est lisible dans le PLU qui nous est proposé. Les mots sont là, mais les cartes et les éléments réglementaires parlent en deçà: il y a un décalage  entre les intentions sur la réalité du cadre réglementaire. Il suffit par exemple de comparer avec ce qui se fait dans d’autres métropoles françaises (Nantes, Strasbourg, ...) pour mesurer la faiblesse des choix inclus dans ce projet de PLU.

 

Hem quartier de la Tribonnerie

Par ailleurs, il est évident que parmi tous les discours sur la préservation des terres agricoles et le primat au renouvellement urbain, la réalité est autre, chaque commune cherchant à préserver ses chances à développer l’immobilier sur des terres agricoles.

L’exemple le plus emblématique est celui du quartier des Muchaux, à Lambersart dont le Maire, Vice-Président de la MEL est aussi Président de l’agence d’urbanisme, ce qui normalement devrait se traduire par forme de loyauté par rapport aux enjeux de l’aménagement durable du territoire. Il s’avère que ce secteur, identifié comme contribuant aux hémicycles verts du SCOT devient urbanisable sur 40ha de terres agricoles. L’urbanisation lancée sur la Tribonnerie quartier d’Hem sur terres agricoles cultivées, secteurs paysager de la vallée de la Marque, ou celle envisagée du sentier des lauriers à Wasquehal, derniers vestiges du caractère rural antérieur de la commune, sont des exemples caractéristiques de l’urgence que mettent soudain des communes à combler le territoire sur les terres attractives et les plus faciles à livrer aux promoteurs.

Sentier des Lauriers - Wasquehal

Pendant le même temps, d’autres territoires qui ont subi une sévère désindustrialisation et manquent d’attractivité, restent avec des zones de restructuration urbaine à reconstruire, avec des hectares d’anciennes friches recyclées en attente pendant des années de projet de construction : Roubaix, Tourcoing avec notamment le « quartier » no man’s land de l’Union, sans compter toutes les dents creuses des quartiers anciens mixtes habitat-industrie..

Ecoquartier de l'Union 80 ha à urbaniser sur d'anciennes friches

Il est apparait que ce PLU, est moins un PLU intercommunal qu’une addition de PLU communaux basé sur les classiques réflexes communaux et que la vision de la « justice territoriale » au sens du géographe Bernard Bret n’y est pas prise en compte. Les territoires riches et attractifs sont laissés libres de faire de la valeur ajoutée économique et foncière, tandis que d’autres territoires socialement et urbainement en difficulté sont laissés en réalité en marge, malgré des discours contraires (écoquartier).

Le PLU est intercommunal et doit faire prévaloir un intérêt communautaire qui passe par l’équilibre des territoires. Le PLU doit donc créer les conditions d’une orientation des investissements publics et privés sur la restructuration des zones en décrochage.

Il n’est pas compréhensible de continuer de voir des urbanisations périphériques et en extension sur terre agricole, y compris sur des corridors écologiques quand les déséquilibres intra métropoles ne sont pas sérieusement pris en charge.

 

Par ailleurs, la vulnérabilité des villes et de la métropole quant à l’approvisionnement alimentaire est réelle, de combien de jours d’autonomie alimentaire dispose la métropole ? Il fait donc partie du travail de renforcement de la résilience urbaine que d’encourager que ces terres agricoles au contact des zones urbaines puissent contribuer à l’alimentation locale, notamment en matière de maraichage circuit-court avec minimisation des transports. Elles doivent être préservées pour l’agriculture de proximité et non pas bâties.

  • Il est paradoxal à Roubaix par exemple, que se développe un projet intéressant d’agriculture urbaine intra-muros exploitant le potentiel des friches (dont les sols ont des pollutions résiduelles) et de faire construire les 2-3 parcelles encore cultivées en bordure du quartier Carihem (avec Lys les Lannoy) sur des terres elles, historiquement agricoles.
  • Et que dire, des exploitations agricoles qui subsistent dans le périurbain de Roubaix et sont fragilisées par des atteintes régulières à leurs parcellaires, grignotés petit bout par petit bout : ainsi la ferme Marafin à Toufflers mise en péril selon ses exploitants.
  • Ou les agriculteurs en zone rurale résidentielle tels à Baisieux qui souffrent de la pression lié au développement de lotissement et qui demandent à ce que l'on construise d'abord sur des friches ...

La dispersion des zones de développement au PLU répond au souci de satisfaire les demandes des communes, mais représente une cause chronique d’un territoire fragmenté et peu fonctionnel du point de vue des déplacements et des fonctions écosystémiques (corridors écologiques, zones humides...). Les zones de développement conformément au PDU devrait être directement optimisées par rapport aux possibilité de déplacements alternatifs à la voiture.

 

On cherche encore dans ce PLU comment,  autrement que par une mention écrite, comment les plans et programmesinfluant sur l’aménagement du territoire (et notamment le Plan Climat Air Energie territorial ou le PDU Plan de Déplacement Urbain) ont réellement été pris en compte : rien ne permet vraiment de l’attester. Quant à l’intégration des objectifs internationaux pris par la France en matière de climat (atténuation, adaptation...), ou ceux de la PPE (et de ses comptes carbone sur le secteur résidentiel et déplacement), qui doivent être pris en compte dans les stratégies de planification, on ne voit pas comment le PLU2 y contribue. Le PLU2 prolonge la tendance antérieure, voire il est en deçà du PLU actuel, et compte tenu des résultats peu concluants puisque l’usage de l’automobile continue de croître, on devrait avoir des résultats futurs inquiétants ;

 

Je porte notamment l’attention sur le doublement du CD700 sur les communes de Hem, Lys-les-Lannoy etc... qui développe une approche « tout-voiture » dépassée eu égard aux enjeux locaux de mobilités, et n’intègre pas les solutions permettant de contribuer à la réductions des émissions de CO2 mais aussi de tous les polluants (NO2, Microparticules...) responsable de la qualité de l’air très dégradée de la métropole. Nous demandons que cette voie intègre un juste partage des mobilités : avec voie réservée bus ou covoiturage, piste cyclable sécurisée et perméabilité à l’égard des quartiers traversés sur un format de type boulevard plus que voie rapide.

 

Concernant plus particulièrement la commune de Roubaix, ce projet de PLU n’est pas au rendez-vous de la justice territoriale vis à vis du processus de creusement des inégalités territoriales qu’elle connaît. La puissance du fait métropolitain devrait intervenir pour une stratégie d’inclusion territoriale volontariste et correctrice des effets de marché où « l’eau va à la rivière » ;

 

Par ailleurs, une demande essentielle a été portée par le groupe politique EELV au conseil Municipal consacré au PLU et par la Ville de Roubaix elle-même : il est réclamé un axe de transport de type tramway pour

Desservir et restructurer autour du tramway - Roubaix
  • d’une part prolonger l’axe actuel depuis l’Eurotéléport jusqu’à Wattrelos, voire au-delà de la frontière ce qui se conçoit dans une «Eurométropole ».
  • d’autre part, créer un axe de desserte interquartiers Nord de Roubaix et intercommunal avec Tourcoing et desservant le site de l’Union, qui n’est desservi qu’en sa périphérie extrême par le métro. Cet axe de transport est important pour desservir, et restructurer de façon qualitative, des quartiers en grande difficulté (Alma, Hommelet, Cul de Four, Epidème, etc ...) qui font l’objet d’opérations de renouvellement urbain portées par MEL. (confère ce qui a été fait avec le tramway de Valenciennes, sur des quartiers similaires Dutemple-Chasse Royale, Anzin...)

Cette intention est reprise dans une contribution au SDIT (Schéma des Infrastructures de Transport) portée par 2 des groupes politiques au Conseil Métropolitain du mois de décembre. Or, aujourd’hui le projet de PLU n’indique pas d’emprise réservée ou OAP pour tenir compte de cette intention d’aménagement.

 

La Ville de Roubaix avec environ 7m2 d’espace vert par habitant, est particulièrement défavorisée en matière d’espace vert et d’environnement végétal de proximité. Au plan métropolitain, le projet de PLU2 ne reprend pas des objectifs suffisants en matière de renforcement de la biodiversité et d'aménités quand bien même des potentiels pour le faire existent. La MEL elle-même a organisé un séminaire de santé-environnement, où les professionnels de santé ont détaillé les avantages de la végétalisation et de la présence d’arbres en termes d’impact de bonne santé et de bien-être psychologique (journée du 10 janvier 2019), il y a été énoncé le décalage entre les enjeux de santé et leur prise en compte. Le projet de PLU manque à cet égard d’ambition.

 

Au plan roubaisien, en 2012, une étude de trame verte et bleue de 136 pages portant sur une stratégie et des préconisations demandée par la Ville de Roubaix a été réalisée par une équipe composée des paysagistes BOCAGE, du cabinet d’environnement AXECO et du BERIM BET Technique. Elle a fait l’objet d’une présentation en Conseil Municipal et été adoptée. Un document de communication simplifié grand public a même été distribué à la population. (cf image ci-dessous).

 

Il apparait que le projet de PLU n’a pas été une occasion de traduire suffisamment dans les objectifs, l’espace (carte) et les règlements le schéma visant à construire la trame verte et bleue tel qu’adopté en conseil municipal. Les Coefficients de biodiversité, tel que proposés par la métropole européenne de Lille  et repris sur Roubaix sont cosmétiques au regard de ce qui peut se pratiquer dans d’autres métropoles, ou l’ambition que porte le schéma roubaisien de trame verte et bleue dont la reprise semble avoir été négligée.

 

Il est  demandé que la reprise du schéma de trame verte et bleue dans le PLU2 sur le territoire roubaisien soit ré-examinée et qu’il soit indiqué les éléments concrets du PLU pouvant concourir à sa mise en œuvre.

 

D’ores et déjà et plus concrètement, concernant le Canal de Roubaix, qui peut faire office progressivement de corridor écologique de la Marque à l’Escaut :

canal de Roubaix corridor écologique à indiquer et renforcer
  • il est important sur la carte de prolonger le coefficient de biotope CBS1 tout au long du canal et d’inclure une épaisseur suffisante de part et d’autre des rives (environ 150 m ce qui correspond peu ou prou à la taille d’un ilot) de la trame qui le représente dans la légende. L’OAP trame verte métropolitaine ou une orientation propre au territoire roubaisien pourrait le prévoir.
  • Par ailleurs il est inconcevable qu'il n'y ait pas de liseré vert, pour intégrer le canal dans un "corridor écologique", alors que ce tracé de corridor existe au sud, encadrant l'ancienne voie ferrée et s'interrompt au canal

Concernant, ce que l’on appelle le « corridor écologique ouest » de Roubaix, situé le long de la voie de chemin de fer, partant du cœur de biodiversité urbaine du jardin du Hêtre, passant par le jardin de traverse, et pouvant rejoindre le système de promenade urbaine et le Parc Barbieux :

Corridor écologique ouest Jardin de traverse le long de la voie SNCF Roubaix
  • il est réclamé l’instauration d’un emplacement de corridor écologique (pointillé vert) qui permette de donner suite réellement suite au schéma de référence trame verte et bleue de Roubaix, actuellement seule l'emprise ferrée, très étroite, est indiquée comme corridor alors que tout ce linéaire comporte des jardins, un coeur de biodiversité, des espaces verts et des projets à venir au titre du Renouvellement urbain de l'Epeule. Il est à signaler que cette demande repose aussi sur une forte demande et mobilisation sociale dans le quartier de l’Epeule. Et que de nombreuses études existent allant dans ce sens sur Roubaix.

 

Je remercie le commissaire enquêteur, les services d’instruction communautaires et roubaisiens et les élus d’apporter toute leur attention à ces demandes et enjeux. La durée de vie d’un PLU est longue, il faut réparer les séquelles environnementales de Roubaix ville industrielle, donne à la population les éléments d’aménités dont elle a besoin dans une ville où les indicateurs de santé et de pauvreté sont au plus bas.

 

Je tiens à préciser que suite à une erreur matérielle, la contribution déposé sur le registre de l'enquête publique n'est pas la version finale, hélas. Le texte dans ce post montre les éléments de précision de la version finale, indiqués en italique.

Rédigé par myriamcau.fr

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Bernard DE VEYLDER 15/01/2019 22:56

Merci Myriam pour cette contribution riche et complémentaire de celles des associations de la MRES.